Leçons que l’Inde et le Premier ministre Modi peuvent tirer de l’Indonésie musulmane
La récente visite du Premier ministre Narendra Modi en Indonésie a offert une leçon puissante, non seulement en matière de diplomatie, mais aussi en matière de coexistence religieuse.
L'Indonésie, le plus grand pays à majorité musulmane au monde, abrite le magnifique temple de Prambanan, un complexe de temples hindous vieux de près de 1 000 ans reconnu comme site du patrimoine mondial de l'UNESCO. Le temple n’est pas simplement préservé en tant que monument archéologique ; il est célébré comme faisant partie du riche héritage civilisationnel de l'Indonésie.
Lors de sa visite, le Premier ministre Modi a offert des prières au temple selon les rituels hindous. Le président indonésien Prabowo Subianto, qui l'accompagnait, ne voyait aucune contradiction à présenter fièrement un lieu de culte hindou dans un pays à majorité musulmane. Il n’y a eu aucune protestation, aucune campagne de haine, aucune tentative de communautariser la visite. Au lieu de cela, l'occasion reflétait la confiance de l'Indonésie dans sa propre identité pluraliste.
Cela soulève une question inconfortable : l’Inde, qui s’est longtemps décrite comme un pays de « Sarva Dharma Sambhava » (respect égal pour toutes les croyances), peut-elle encore revendiquer la même confiance morale ?
Il fut un temps où l’Inde était largement considérée comme un modèle de diversité religieuse. Le pays avait un Premier ministre sikh, un président musulman et des gouvernements qui reflétaient son caractère multireligieux. Les personnes de confessions différentes vivaient généralement ensemble dans le respect mutuel, et la laïcité de l'Inde était admirée dans le monde entier.
Mais aujourd’hui, l’atmosphère semble sensiblement différente.
Les mosquées qui existent depuis des siècles sont de plus en plus prises dans des conflits juridiques et politiques. Les processions religieuses accompagnées de musique forte et de slogans provocateurs devant les lieux de culte sont devenues des points chauds récurrents dans plusieurs régions du pays. Il y a eu des incidents au cours desquels des structures religieuses ont été vandalisées ou prises pour cible par des foules.
Le phénomène du lynchage collectif, notamment au nom de la protection des vaches, est devenu l'une des taches les plus sombres sur le bilan démocratique de l'Inde. Les églises et les institutions chrétiennes ont également été victimes d’attaques dans différents États, suscitant l’inquiétude des minorités religieuses.
De même, les débats autour des amendements aux lois Waqf ont suscité l’inquiétude au sein de la communauté musulmane, les critiques affirmant que de telles mesures affaiblissent les protections institutionnelles dont disposent les propriétés religieuses des minorités.
Tout aussi inquiétante est la normalisation des discours de haine et la communalisation des crimes impliquant des communautés minoritaires. Dans plusieurs cas, des incidents de violence contre des minorités ont été célébrés sur les réseaux sociaux plutôt que universellement condamnés.
Ironiquement, alors qu'il existe un enthousiasme croissant pour la construction ou la restauration de temples hindous à l'étranger, il semble y avoir beaucoup moins d'urgence à garantir que les minorités indiennes se sentent également en sécurité dans la pratique de leur foi sans crainte ni intimidation.
L’Indonésie démontre que la protection du patrimoine d’une autre religion n’affaiblit pas l’identité de la majorité. Au contraire, cela améliore la position internationale de la nation et renforce la cohésion sociale. Un pays à majorité musulmane qui préserve fièrement l'un des plus grands complexes de temples hindous au monde rappelle qu'une véritable confiance religieuse n'exige pas d'hostilité envers les autres confessions.
La visite du Premier ministre Modi au temple de Prambanan doit donc être considérée non seulement comme un événement diplomatique, mais aussi comme une opportunité de réflexion. Si l’Indonésie peut célébrer le patrimoine hindou sans compromettre son identité islamique, l’Inde devrait être en mesure de protéger et de célébrer le patrimoine religieux de toutes ses communautés avec le même engagement.
Une nation confiante ne mesure pas le patriotisme à la religion qu’elle suit. Il se mesure selon si chaque citoyen – hindou, musulman, chrétien, sikh, bouddhiste, jaïn ou n’importe qui d’autre – peut pratiquer librement son culte, préserver son héritage et vivre dans la dignité.
L’Inde a toujours inspiré le monde grâce à son pluralisme. Le défi aujourd’hui n’est pas de prêcher la tolérance religieuse à l’étranger, mais de la pratiquer systématiquement dans le pays.
