Comment les musulmans banalisent le Coran

Comment les musulmans banalisent le Coran

Le point central de la vision islamique du monde est le principe primordial de justice, qui est représenté dans le Coran principalement par trois termes : `adl, qisteet mizan.

Bien que les deux premiers soient synonymes, le premier est généralement interprété comme la justice et le second comme l’équité ou la justice. Mizan est l'échelle ou l'équilibre qui détermine l'administration et les conditions de la justice.

Mais `adl a aussi un sens plus profond, celui de l'équilibre ou de la remise des choses à leur place. C'est donc le contraire de zulmqui est généralement traduit par oppression ou despotisme, mais qui désigne en réalité un déséquilibre ou la mise des choses à leur mauvaise place. De nombreux versets coraniques et traditions prophétiques soulignent l'importance prééminente de `adl et condamnerzulm.

Ces deux termes peuvent même être étendus à d’autres êtres ou aux objets que les humains manipulent, et même à la façon dont les gens abordent le divin. Par exemple, selon Dieu, la crainte, le respect et la gratitude qui lui sont dus, ainsi que le respect de ses commandements, sont considérés comme 'Adl.' Ne pas le faire équivaut à zulm.

En ce qui concerne le Coran, l'utiliser et l'approcher à des fins correctes est considéré comme `adlalors que son utilisation incorrecte ou son utilisation uniquement à des fins non principales peuvent être considérées comme zulm. En gardant ce point de vue à l'esprit, j'examinerai comment les musulmans banalisent parfois le Coran sans le comprendre.

Comment les musulmans banalisent-ils le Coran à travers une utilisation imprécise ?

La profanation physique du Coran est un péché grave, mais la banaliser est également un délit grave. Les musulmans ne manquent certainement pas de respect à leur livre sacré, de manière tangible et physique. Leur respect évident pour l’Écriture et leur extrême prudence lors de leur manipulation sont paradigmatiques, car la plupart d’entre eux l’enveloppent et la placent sur une surface surélevée dans la maison ou dans les lieux de culte.

Cependant, ils manifestent, peut-être sans le savoir, leur irrévérence conceptuelle à l’égard du livre sacré de deux manières : en l’utilisant à des fins moindres et en le fragmentant en morceaux, ce qui peut revenir à le banaliser.

Pourquoi le Coran devrait-il être principalement utilisé comme guide ?

Le Coran (2 : 2) déclare explicitement : {Cet écrit divin – qu’il n’y ait aucun doute là-dessus – est (censé être) un guide pour tous ceux qui sont conscients de Dieu.} Le Coran (2 :38) proclame, tout en relatant la chute de l'humanité du Paradis :

{(Car bien que) nous ayons dit : « À bas vous tous de cet (état) », la direction vous viendra néanmoins très certainement de Moi ; et ceux qui suivent Ma direction n'auront pas à craindre, et ils ne seront pas non plus attristés.} (Al-Baqarah 2 : 38)

Cela signifierait clairement que le Glorieux Coran sert avant tout de manuel d'instructions pour les êtres humains et contient, comme fonction première, de leur fournir des conseils providentiels. Compte tenu de cela, `adl exige que les gens (en particulier les musulmans) l’abordent principalement comme une guidance divine, c’est-à-dire qu’ils lisent, apprécient et mettent en œuvre son message dans leur vie quotidienne.

Bien que le Coran puisse avoir des applications secondaires, tertiaires, quaternaires et autres applications non primaires, l'utiliser uniquement pour ces applications au lieu de répondre à son objectif principal est une sorte de délit. Cela est vrai pour beaucoup de choses. Par exemple, la fonction principale d'un stylo est d'écrire, les tâches principales d'un professeur sont d'enseigner et de mener des recherches, et un président ou un premier ministre est chargé de diriger un pays.

Mais si le stylo est utilisé uniquement pour se gratter le corps ou faire des trous dans une surface délicate, si le professeur ne se voit confier que des tâches de bureau, et si le président ou le premier ministre est uniquement limité aux cérémonies et totalement exclu de l'administration et de l'élaboration des politiques, le résultat final est zulm parce que la justice exige qu’un objet/individu soit utilisé principalement pour le but principal prévu.

Malheureusement, de nombreux musulmans n'appliquent pas cette logique au Coran. Ils le lisent souvent sans le comprendre et ne parviennent donc pas à l’aborder comme la principale source d’orientation complète pour toutes les sphères de la vie. Comme on pense que la lecture d'une lettre du Coran peut donner au récitant jusqu'à 10 unités de vertu, ils ne la récitent que pour acquérir baraka ou les récompenses divines qui en découlent, encore une fois souvent sans compréhension.

Ils invoquent ses vers ou les accrochent au mur pour protéger leur demeure et ses habitants des mauvais esprits et les protéger des aléas et des éventuelles effractions. Les hommes d'affaires récitent ou utilisent ses versets dans leurs campagnes publicitaires dans l'espoir d'obtenir des activités commerciales propices, de recevoir les bénédictions de Dieu et, plus important encore, de s'assurer de bons profits. Les étudiants récitent des versets du Coran pour améliorer leur mémoire et leurs capacités intellectuelles afin d'obtenir de bonnes notes. Les candidats font de même pour réussir lors des entretiens.

De nombreux musulmans utilisent le Coran comme traitement curatif contre diverses maladies. Par exemple, beaucoup lisent des versets de Sourate Yasinquand ils tombent malades. Ils le récitent puis soufflent dans l'eau et la font boire aux malades, ou soufflent directement sur eux, tout en croyant que de telles pratiques rituelles les guériront.

Bien que toutes ces utilisations du Coran ne soient pas nécessairement condamnatoires et puissent même être bonnes et sanctionnées par d’anciens musulmans, ce ne sont pas là les principales raisons pour lesquelles Dieu a fait descendre le Coran. Si ces fonctions non primaires sont considérées comme plus importantes et si le Coran n'est pas du tout abordé pour son usage principal, le résultat final ne peut être que la banalisation et l'affaiblissement des écritures saintes.

Pourquoi la fragmentation du Coran est-elle problématique ?

lecture du coran

Une autre approche incorrecte – mais courante – consiste à fragmenter le texte coranique. Diviser le Coran en fragments peut potentiellement entraîner une insistance exclusive sur certaines parties du Coran et une négligence ou une ignorance du reste du livre.

Les musulmans sont tenus de respecter toutes les règles et réglementations contenues dans le Coran, car ils sont censés s'inspirer de la littérature (authentique) des Hadiths ainsi que d'imiter les actes et les paroles du Prophète. Cependant, s’ils ne lisent pas le Coran dans son intégralité, ils ne seront pas capables de comprendre ou de mettre en œuvre ses enseignements dans leur totalité.

Malheureusement, la plupart des musulmans sont très sélectifs et se concentrent principalement sur les versets qui parlent de rituels et de la manière de les accomplir ou sur les versets connus pour avoir des pouvoirs de guérison ou des effets protecteurs. Cela se reflète clairement dans vendredi khutbahs (sermons), car la plupart des imams mettent l'accent sur certains versets, rituels et routines tout en ignorant les concepts fondamentaux de l'Islam.

Une pratique dangereuse consiste à diviser le Coran en petites sections, car on pense que ces segments sont censés véhiculer des vertus spéciales qui peuvent bénéficier à la fois matériellement et spirituellement au récitant. Pour faciliter cette pratique, de nombreux éditeurs ont imprimé divers fragments (par exemple, Sourate Yasin) séparément.

Ainsi, de nombreux musulmans ne lisent que ces petites portions et tournent rarement leur attention vers d'autres parties du Coran. Malheureusement, des tranches du Coran sous forme imprimée se trouvent dans les mosquées de presque tous les pays du monde. Une telle fragmentation entrave la transmission nécessaire de l'intégralité du message coranique et conduit à la complaisance en n'en écoutant et en lisant qu'une très petite partie. Sa fonction première est donc encore une fois ignorée.

Comment les musulmans peuvent-ils redonner au Coran la place qui lui revient ?

D’après mes propres observations, les pratiques mentionnées ci-dessus sont très courantes parmi les musulmans. Cette situation soulève la question suivante : les érudits conviennent unanimement que la réforme de la société musulmane est attendue depuis longtemps, mais comment cela peut-il se produire si les musulmans ne redonnent pas au Coran la place qui lui revient (ne `adl à cela) dans leur vie ? Ils doivent l’aborder principalement pour obtenir des conseils et avec l’intention d’agir selon ses enseignements. En d’autres termes, les fonctions non primaires du texte sacré ne peuvent pas triompher de sa fonction première.

Même de nombreux érudits non musulmans reconnaissent le fait que le Coran est un livre merveilleux, incomparable à tout autre ouvrage. C'est, surtout pour les musulmans, un joyau précieux dont la juste valeur doit être appréciée et mise en œuvre. Malheureusement, ce n’est pas le cas aujourd’hui pour la grande majorité des musulmans.

Compte tenu de la réalité actuelle, les musulmans parviendront-ils un jour à entrevoir un brillant espoir ou un grand avenir devant eux ? La réponse souhaitable à cette question réside peut-être, dans une large mesure, dans l'utilisation et l'application correctes du Coran dans son intégralité. Par conséquent, plus tôt ils rectifieront leur approche du Coran, mieux ce sera.


Références

Les traductions des versets coraniques proviennent de Muhammad Asad, Le message du Coran (Gibraltar : Dar al-Andalus, 1984)

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