La jeunesse musulmane dans les chaînes de la contradiction
Il est indéniable que de vastes couches de la jeunesse musulmane se trouvent aujourd’hui confuses, luttant pour concilier la tension entre ce qu’on leur apprend à faire, ce qu’on leur dit de faire et ce qu’ils finissent par faire. Beaucoup vivent des vies fracturées, déchirées entre des personnalités contradictoires, générant des tempêtes émotionnelles et des tensions intellectuelles qui déforment les concepts et brouillent les horizons.
La racine de la crise réside dans leur mauvaise préparation aux défis dynamiques et multidimensionnels du monde postnormal – une époque où le changement est rapide, l’incertitude omniprésente et les cadres traditionnels de vérité, d’ordre et de stabilité ne tiennent plus. Notre monde est dominé par les complications, les contradictions et les crises ; où peu de choses restent « normales » et où être « normal » n’est plus une condition préalable au succès.
Pour naviguer dans des eaux aussi turbulentes, il faut un ensemble de critères permettant de juger, d’évaluer et d’agir. Pourtant, la plupart des jeunes musulmans ne possèdent ces critères que partiellement, voire pas du tout. Il faut à la fois des normes externes et des principes internes – ceux ancrés dans l’esprit et l’âme – vivant en harmonie comme les deux faces d’une même médaille.
Pour cette raison, Allah décrit Son Coran comme le Critère (al-Baqarah 185), le testament final de l'humanité. Lorsqu’elle est intériorisée et appliquée, elle transforme les gens et leur mode de vie en critères directeurs eux-mêmes, illuminant la pensée et l’existence (al-Anfal 29).
S’aventurer dans un monde sans direction, sans but et sans identité est une recette pour le désastre. Nous avons ici un monde insensé qui donne peu ; cela prend seulement, mais dévore. Sa disposition s’apparente à un trou noir, consommant tout sur son passage et ne laissant derrière lui que des traces de destruction. Il faut savoir ce qui vaut la peine d’être connu et ce qui ne l’est pas, qui écouter et qui ignorer.
L’exposition au bruit incessant des médias sociaux et numériques ne fait qu’aggraver la situation. Tout a été idéologisé, dépouillé de sa véritable salubrité. Plus on en consomme, plus on est contaminé ; Plus une personne est moderne, postmoderne et postnormale, plus son Islam s'affaiblit.
La solution consiste donc à construire un système immunitaire : en s’armant de la vision du monde, des principes et des valeurs islamiques normatives. Ceux-ci ouvrent l’esprit et les yeux, permettant de discerner et d’évaluer ce qui est servi. La plus grande autorité dans la vie appartient à Celui qui l’a créée et en a fixé les lignes directrices. La vie ne doit pas être vécue selon sa propre volonté ou celle d'une quelconque création, mais selon la volonté du Créateur. Une fois qu’une personne a compris les concepts de base et les exigences fondamentales de sa mission, tout le reste devient plus facile.
L'Islam est la vie et la vie est l'Islam. Les deux viennent d’Allah. Aucun segment de l’existence ne échappe à Sa direction. Si Allah a créé la vie et placé les humains en son centre, il est tout à fait naturel qu’Il soit considéré comme l’autorité suprême dans les choix conscients, la prise de décision et l’empreinte civilisationnelle. Cette unité d’existence créatrice et responsable découle uniquement de l’Unicité d’Allah en tant que Créateur, Maître et Supporteur. La fragmentation de la vie par rapport à Son plan transcendant ne conduit qu’à la confusion, au pessimisme et au chaos.
Quand l’unité est compromise, l’anarchie règne. Les attaques viennent de toutes parts, sous couvert de sincérité, mais n’offrant rien d’autre qu’un calice empoisonné. Une personne est déchirée, crucifiée au Golgotha de l’insécurité, du doute et de la tristesse. C’est précisément le scénario qu’Allah décrit : « Allah propose une parabole : un homme appartenant à plusieurs associés (maîtres) en désaccord les uns avec les autres, et un homme appartenant entièrement à un seul maître : ces deux-là sont-ils égaux en comparaison ? Louange à Allah ! mais la plupart d’entre eux n’ont aucune connaissance. (Al-Zumar, 29).
Le verset résume le sort de la jeunesse musulmane d’aujourd’hui. Des communautés fragmentées, des institutions brisées et des autorités concurrentes – religion, éducation, politique, économie, médias, divertissement – rivalisent toutes pour régner sur leurs esprits et âmes fragiles. Chacun revendique la légitimité, chacun exige la loyauté, chacun promet l’accomplissement. Pourtant, en réalité, on demande aux jeunes d’adorer Allah dans un endroit et les idoles du matérialisme, du nihilisme, de l’hédonisme et de l’agnosticisme dans un autre. Ils sont contraints de se diviser en personnages, jonglant avec les conflits et contradictions internes jusqu’à l’épuisement.
Le résultat est tragique : désorientation, dépression, voire pensées suicidaires. Au lieu de la simplicité, de la beauté et de l’espoir, ils héritent des circonvolutions, de la laideur, de l’ennui et du désespoir. Ce que l’on peut observer est la conséquence définitive du fait d’être gouverné par plusieurs maîtres querelleurs, chacun cherchant à dominer le panthéon des faux dieux. La souffrance la plus profonde d’un tel esclave est de réaliser qu’il a été déshonoré, abandonné et mal utilisé – un pion dans un jeu joué par des mains invisibles.
La voie à suivre
Pour améliorer la condition de la jeunesse musulmane, deux impératifs s’imposent :
- Libérez-les du paganisme moderne – libérez-les du culte de multiples faux dieux du scepticisme, du pessimisme et de l’incertitude.
- Donnez-leur le critère – ancrez-les dans l’authentique illumination et discernement de l’Islam, la seule vérité depuis le début de la vie.
Ce n’est qu’alors qu’ils pourront retrouver leur direction, leur but et leur appartenance, vivant non pas sous la tyrannie de plusieurs maîtres mais sous l’unité du Maître Unique – Allah.
Les parties les plus responsables de l’évolution de la condition de la jeunesse musulmane sont les parents, les foyers, les gouvernements, la hiérarchie des institutions et organismes religieux et les établissements sociaux au sens large. Il va sans dire que l’harmonie idéologique et les performances qui se renforcent mutuellement entre ces acteurs sont indispensables. Tout ce qui n'atteint pas cette unité n'entraîne pas un progrès mais une régression – un pas en avant suivi de deux pas en arrière.
La fragmentation garantit que les acquis sont annulés, laissant les jeunes coincés entre promesse et perte.
