Les étudiants musulmans tirent la sonnette d’alarme alors que le Québec décide d’interdire les salles de prière et l’expression religieuse
La communauté musulmane du Québec est sous le choc après que le gouvernement provincial a dévoilé un autre projet de loi de grande envergure sur la laïcité – un projet qui, selon beaucoup, approfondit un climat d'exclusion et d'hostilité déjà douloureux.
Jeudi, le ministre québécois de la laïcité, Jean-François Roberge, a présenté le projet de loi 9, une proposition qui étend la portée du projet de loi 21 et étend considérablement les restrictions sur les symboles religieux, le couvre-visage et même la prière publique.
Pour de nombreux musulmans, cela ressemblait à un resserrement délibéré de l’étau, a rapporté la Montreal Gazette.
Le PDG du Conseil national des musulmans canadiens, Stephen Brown, n’a pas mâché ses mots. « Ne nous faisons pas d'illusions : ce projet de loi cible les musulmans », a-t-il déclaré, qualifiant la législation de « ce dont nous craignions qu'elle soit… un exemple grossier de politique de coin électoral ».
Sa frustration a résonné dans toute la communauté, où beaucoup ont le sentiment que leur foi et leur identité sont transformées en appât politique.
Brown a accusé le gouvernement d’utiliser les musulmans pour détourner l’attention des crises réelles.
« Nous avons de vrais problèmes dans cette province. Les soins de santé sont un vrai problème. Le manque d'enseignants est un vrai problème. Le coût de la vie est un vrai problème. La précarité économique est un vrai problème. Le gouvernement ne veut pas en parler. »
En invoquant une fois de plus la clause dérogatoire – alors même que le projet de loi 21 est devant la Cour suprême – le gouvernement a affiché une ligne dure.
Pour de nombreux musulmans, l’État est prêt à outrepasser leurs droits fondamentaux simplement pour contrôler la façon dont ils s’habillent, prient ou accèdent aux services publics.
Options juridiques

NCCM dit explorer ses options juridiques. Brown a averti que les récentes mesures du gouvernement, comme la restriction de la prière dans les parcs publics, portent atteinte aux principes démocratiques fondamentaux.
«Lorsque vous utilisez des pouvoirs de quasi-urgence pour dire aux gens qu'ils n'ont pas le droit de prier dans les parcs, vous sapez un concept clé et fondamental de la société québécoise, qui est de vivre et de laisser vivre.»
Mais Brown a également appelé à l’unité plutôt qu’à la division. « Revenons aux vrais problèmes. Sans nous stigmatiser les uns les autres. »
Les chefs religieux extérieurs à la communauté musulmane expriment également leur inquiétude. Les évêques anglicans de Montréal et de Québec ont qualifié le projet de loi de « solutions brutales à des problèmes inexistants », affirmant qu'il « cherche à effacer tous les signes de religion de la place publique ».
Leur déclaration souligne le sentiment croissant qu’il ne s’agit pas seulement d’une question musulmane, mais d’un avertissement adressé à toutes les communautés religieuses.
Les syndicats affirment que le projet de loi exclut effectivement les femmes portant le hijab des rôles d’éducation de la petite enfance, les privant ainsi de leurs moyens de subsistance et de leur dignité.
«Soyons francs, ce sont les femmes voilées qui sont ciblées par ce projet de loi», a déclaré Sylvie Nelson du Syndicat québécois des employées et employés de service.
« Ces femmes ne font pas de prosélytisme auprès des enfants âgés de 6 mois à 5 ans, elles les éduquent et proposent un programme éducatif. Elles le font bien et sont appréciées des parents. »
Les dispositions du projet de loi vont encore plus loin : interdisant les symboles religieux dans les garderies, restreignant le port du masque dans les garderies, réduisant les subventions aux écoles privées religieuses et ordonnant aux hôpitaux de cesser de proposer des menus exclusivement halal ou casher.
Interrogé sur l’Hôpital général juif de Montréal, Roberge a insisté sur le fait qu’ils peuvent garder des repas casher « mais qu’ils devront aussi servir d’autres aliments ».
Alors que le Centre pour les affaires juives et israéliennes (CIJA) a salué certaines mesures – en particulier l’interdiction de « bloquer les prières dans les rues » – de nombreux musulmans ont estimé que cette approbation a aggravé la situation, renforçant un récit qui présente la pratique islamique ordinaire comme intrinsèquement suspecte.
Pour d’innombrables familles musulmanes du Québec, le projet de loi 9 n’est pas qu’une autre loi. Cela ressemble à un message : que leur foi, leur identité et même leur présence ne sont pas les bienvenues dans la province même où ils habitent.
