Les ventes d'armes britanniques aux Émirats arabes unis sous le feu des critiques alors que des équipements de fabrication britannique apparaissent avec les RSF soudanaises
Le gouvernement britannique fait face à des pressions croissantes et à des accusations de complicité dans des crimes de guerre à la suite de preuves explosives selon lesquelles du matériel militaire fabriqué au Royaume-Uni a été saisi par les Forces de soutien rapide (RSF) soudanaises, un groupe paramilitaire impliqué dans des atrocités de masse et dans le génocide.
Cette découverte a déclenché des appels urgents à un embargo immédiat sur les armes contre les Émirats arabes unis (EAU), le canal présumé des armes détournées, et a plongé les contrôles des exportations d'armes du Royaume-Uni dans une crise de crédibilité.
Les composantes britanniques en première ligne des atrocités
Selon des preuves accablantes présentées au Conseil de sécurité de l'ONU, des composants de fabrication britannique sont utilisés par les RSF sur le terrain au Soudan. L’équipement récupéré comprend des systèmes d’entraînement au maniement des armes légères et, surtout, des moteurs pour véhicules blindés de transport de troupes.
Les enquêtes menées par The Guardian ont spécifiquement lié ces moteurs à des véhicules construits aux Émirats arabes unis, révélant un pipeline direct depuis des usines britanniques vers une milice accusée de violences ethniquement ciblées. Il s’agit là de la preuve la plus tangible à ce jour des craintes de longue date selon lesquelles les armes britanniques vendues aux Émirats arabes unis seraient illégalement acheminées vers les zones de conflit.
Un flot de licences malgré les avertissements de « risque de détournement »
Les critiques sont consternés par le fait que le gouvernement britannique ait continué à autoriser des ventes massives d'armes aux Émirats arabes unis, malgré les avertissements internes explicites concernant un « risque de détournement » élevé.
Les données officielles révèlent un rythme effarant d’approbations : entre avril et juin 2025 seulement, le gouvernement a délivré 172 millions de livres sterling de licences d’exportation d’armes vers les Émirats arabes unis. Une partie de cette somme, soit environ 1,97 million de livres sterling, était explicitement destinée aux « véhicules et composants militaires » – la catégorie même d'équipement que l'on trouve aujourd'hui entre les mains de RSF.
Il ne s'agit pas d'un incident isolé. De 2019 à 2023, le Royaume-Uni a exporté près de 750 millions de livres sterling d’armes vers les Émirats. Plus révélateur encore, les archives gouvernementales montrent qu’entre 2015 et 2024, 21 des 22 licences refusées aux Émirats arabes unis l’ont été spécifiquement en raison du risque de détournement, ce qui prouve que le gouvernement est depuis longtemps conscient du péril.
Système « indéfendable » et appels à une action immédiate
Les organisations de défense des droits humains et les opposants politiques décrivent la situation comme un échec catastrophique en matière de responsabilité morale et juridique.
Amnesty International a condamné le système britannique d'autorisation des armes, le qualifiant d'« indéfendable », affirmant que la présence d'éléments britanniques au sein d'une force accusée de génocide constitue un manquement évident à son devoir. Les militants exigent une suspension immédiate de toutes les exportations d’armes vers les Émirats arabes unis et une enquête complète et transparente.
Faisant écho à ces demandes, les libéraux-démocrates au Parlement ont appelé à un arrêt urgent de toutes les ventes d’armes britanniques aux Émirats arabes unis, avertissant que les exportations britanniques pourraient alimenter directement la catastrophe humanitaire au Soudan.
Le gouvernement dans le déni alors que les preuves s’accumulent
Face à des preuves de plus en plus nombreuses, le gouvernement britannique a adopté une position défensive. Le Foreign, Commonwealth & Development Office (FCDO) affirme prendre le contrôle des exportations « au sérieux » et insiste sur le fait que toutes les licences sont rigoureusement évaluées.
Un porte-parole du gouvernement a déclaré aux députés que même si « un petit nombre » d'articles fabriqués au Royaume-Uni ont été signalés au Soudan, il n'y a « aucune preuve… que des armes ou des munitions britanniques » soient utilisées par les RSF. Les responsables ont fermement nié avoir tenté de réprimer les critiques ou de minimiser le rôle présumé des Émirats arabes unis.
Cependant, ces assurances sonnent creux pour les critiques qui soulignent la réputation bien établie des Émirats arabes unis en tant que « plaque tournante » du détournement d’armes vers des zones de conflit comme la Libye et le Soudan. Alors que des équipements britanniques sont désormais photographiés entre les mains d'un groupe dirigé par le général Mohamed Hamdan Dagalo « Hemedti », largement impliqué dans de graves violations des droits de l'homme, le gouvernement britannique se retrouve accusé d'être volontairement aveugle face à une crise qu'il a contribué à armer.
Le scandale pose désormais une question fondamentale : le Royaume-Uni continuera-t-il à donner la priorité au commerce d’armes avec un allié clé du Golfe, ou agira-t-il pour s’assurer qu’il ne soit plus un fournisseur des atrocités au Soudan ?
