Crise et opportunité : pourquoi les musulmans indiens doivent transformer la peur en force et en courage
Les musulmans indiens traversent une phase difficile et incertaine. Le sentiment d'anxiété et d'insécurité s'est accru après les récents résultats des élections législatives dans quatre États, en particulier en Bengale occidental et Assam. De nombreux musulmans se sentent politiquement isolés, socialement vulnérables et économiquement marginalisés. Les discours de haine, la violence collective, la discrimination et la politique des bulldozers ont semé la peur parmi les musulmans ordinaires. Dans le même temps, le déclin d’un leadership efficace et l’absence de planification à long terme ont encore intensifié la crise. Cependant, l’histoire nous enseigne que chaque crise contient aussi une opportunité. Les temps difficiles obligent les communautés à s’introspecter, à se réorganiser et à se reconstruire avec plus de détermination et de sagesse.
La condition des musulmans au Bengale occidental et en Assam mérite une attention particulière. Ensemble, ces deux États abritent plus de 45 millions de musulmans – près de 30 millions au Bengale occidental et environ 15 millions en Assam. Malgré une population aussi nombreuse, les musulmans de ces États restent parmi les communautés les plus arriérées du pays en termes d'éducation, d'emploi au sein du gouvernement, de propriété d'entreprise et de représentation institutionnelle. Dans de nombreux indicateurs, ils sont même à la traîne par rapport aux Dalits et à d’autres communautés historiquement défavorisées. De larges pans de musulmans continuent de lutter contre la pauvreté, l’analphabétisme, le manque de conscience politique et un accès limité à l’éducation moderne.
Mais au lieu de céder au désespoir, les musulmans doivent comprendre que la crise peut devenir un tournant. Les résultats négatifs peuvent parfois produire des transformations positives. Les difficultés tirent souvent les sociétés de la complaisance et les obligent à corriger leurs erreurs. C’est le moment de procéder à une auto-évaluation honnête. La communauté doit identifier les véritables raisons de son retard : faiblesse des fondations éducatives, politique émotionnelle, manque de planification économique, divisions internes et dépendance à l’égard des autres pour trouver des solutions.
Le besoin du moment est de courage, de résilience et de détermination. La peur ne peut pas construire un avenir. Si une communauté veut survivre dans la dignité et la liberté, elle doit apprendre à lutter intelligemment et collectivement. Comme le dit le proverbe « Jeena hai to ladna seekho » : si vous voulez vivre, apprenez à vous battre. Cette lutte ne signifie pas nécessairement violence ou confrontation. Cela signifie combattre l’ignorance par l’éducation, la pauvreté par l’entrepreneuriat, la haine par la patience et la faiblesse par l’organisation. Cela signifie rester ferme dans le respect de soi et refuser de céder psychologiquement.
Les musulmans doivent également tirer une leçon importante de la politique et de la société modernes : ne devenez pas des victimes faciles de manipulation. Les communautés qui manquent de sensibilisation sont souvent trompées par des slogans émotionnels, une propagande qui divise et des promesses à court terme. Les musulmans ont donc besoin d’une émancipation intellectuelle et d’une réflexion stratégique. L’éducation devrait devenir la priorité absolue – non seulement l’éducation religieuse mais aussi l’éducation scientifique, technique, juridique et politique moderne. Une base éducative solide peut transformer le destin de n’importe quelle société en une ou deux générations.
Un autre défi majeur est la négativité. La peur, la colère et le désespoir constants affaiblissent l’énergie collective. La psychologie positive peut changer la donne. Une communauté confiante est bien plus puissante qu’une communauté craintive. Les musulmans doivent cesser de croire qu’ils sont des victimes impuissantes et sans pouvoir d’action. Chaque individu a un rôle à jouer dans la reconstruction de la société. Les parents doivent se concentrer sur l'éducation de leurs enfants. Les jeunes doivent développer des compétences et des qualités de leadership. Les intellectuels et les érudits religieux doivent promouvoir l’unité, la discipline et la pensée constructive au lieu d’une rhétorique émotionnelle sans fin.
La communauté devrait également cesser de blâmer les autres pour chaque échec. Si la discrimination et l’injustice constituent de réelles préoccupations, l’autocritique est tout aussi nécessaire. Aucune société ne progresse sans réforme interne et sans responsabilisation. Les musulmans doivent cultiver la discipline, le professionnalisme, la planification financière et une vision à long terme. Ils doivent participer plus activement aux institutions démocratiques, à la société civile, aux médias, au droit, au monde universitaire et aux secteurs des affaires. L’indépendance économique et l’excellence éducative sont les boucliers les plus puissants contre l’insécurité.
En ce moment crucial, les conseils du grand poète-philosophe Allama Muhammad Iqbal reste profondément d’actualité : « Le destin des nations est entre les mains des individus ; chaque personne est une star dans le destin de la communauté. » (« Afrad ke hathon mein hai aqwam ki taqdeer, har fard hai millat ke muqaddar ka sitara. ») Ce message rappelle aux musulmans que le destin collectif n'est pas seulement façonné par les gouvernements ou les circonstances, mais aussi par les actions, la discipline et la détermination des individus.
Les musulmans ne doivent pas simplement suivre le courant car, comme le dit le proverbe, seuls les poissons morts flottent avec le courant. Les nations vivantes pensent de manière indépendante, agissent avec courage et façonnent leur propre avenir. La crise actuelle est certes douloureuse, mais elle peut aussi devenir le début d’un nouveau réveil. Avec du courage, de l’unité, de l’éducation et une pensée positive, les musulmans indiens peuvent transformer l’adversité en une opportunité de renouveau et de progrès.
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Le Dr M Qutubuddin est un psychiatre renommé basé à Chicago.
