Le voile, la hijra et les réalités de l’islamophobie en France

Que ceux qui veulent partir à la moindre piqure partent du pays qui les a vu grandir, avec Easyjet, la hijra c’est 60€ pour le Maghreb et 30€ pour les Turcs (au départ de Mulhouse seulement). Quand à nous, nous préférons rester et endurer jusqu’à ce que de vraies épreuves nous atteignent, parce que les regards de travers, les insultes et être montré du doigt… franchement ça vole pas haut, hein ? Alors c’est vrai que les dernières agressions envers nos sœurs ces derniers mois se multiplient, mais je n’ai de cesse de ma poser la question : légitiment-elles la hijra ?

Parce qu’une hijra pour « prendre exemple sur les Juifs » et leur aliya en Israël, ça laisse dubitatif, non ? Pas tant que ça pour nombre de frères qui considèrent qu’il faudrait quitter la France islamophobe où une cinquantaine de sœurs se sont fait agressées pour rejoindre l’Égypte pays musulman ou 72% des femmes se font peloter dans la rue avec le consentement de la police locale, ou fuyons en Arabie où l’espérance de vie d’une femme seule en niqab dans la rue ne dépasse pas la journée (surtout quand elle a la peau claire), plutôt réfugions nous au Maroc, pays de la gay pride, des vacances à Béyoncé et du tourisme sexuel où l’intégrité (pour être pudique) de nos enfants est bradée, ou en Algérie pour finir dans des geôles obscures d’un gouvernement névrosé si l’on s’y prend à vouloir défendre l’islam dans les terres dites musulmanes car peuplées d’arabo-berbères. A moins que nous ne préférions partir pour une Syrie ensanglantée, une Palestine démembrée, un Irak déchiqueté ou pour un Afghanistan que vous n’oseriez rejoindre sous peine de perdre votre passeport rouge. Alors certes il reste quelques pays à majorité musulmane où les hommes peuvent peut être aller à leur guise comme le Pakistan où la femme est traitée comme un sous-humain en général, le Bangladesh où elles ont droit à un bain d’acide quand elles refusent certaines propositions, ou encore les pays turcophones d’Asie centrale qui servent d’excellente prisons clandestines pour le puritanisme américain qui, oh my god, n’oserait pas torturer sur son propre sol . Sinon il reste l’Indonésie ou la Malaisie (il va falloir se mettre au malais), le Soudan ou les courageux devront apprendre à vivre comme des maliens, la Somalie (oubliez le passeport rouge après), la poudrière de la Libye devenu un véritable Far West en version arabe non sous-titrée ou encore la Mauritanie, pays où chaque fois que les « islamistes » se manifestent la France est là pour laïciser la situation.

Je comprends leur ressenti, il est légitime, mais il faut restituer notre situation dans un contexte global pour être capable d’émettre un avis honnête intellectuellement parlant. Convenons qu’au vu et au su de la situation mondiale, nous devons nous musulmans admettre que les nations non-musulmanes ont réussi, à notre grand damne, à appliquer nombre de préceptes islamiques qui nous font aujourd’hui défaut, notamment celui essentiel de la sécurité, « al amn », car à ce que je sache cet Etat islamophobe (ou islamopathe) si contraignant à notre encontre, n’a-t-il pas permis la création du CCIF qui nous défend, ainsi que de la LDJM ? Cette République anticléricale n’a-t-elle pas permis que des sites communautaires tels que celui sur lequel nous sommes actuellement voient le jour ? J’invite ces frères à reconsidérer leur position car la situation des musulmans en France n’est pas celle des Rohyngias birmans, des Tatars moldaves (l’islam est officiellement interdit en Moldavie, mais personne n’en parle), ou celle des Caucasiens sous Staline. Il y a bien des injustices quotidiennes et des méprises bafouant nos droits les plus élémentaires soient ils mais ne nous en déplaise, Rome ne s’est pas fait en un jour, et le khilafat non plus. Celui qui veut partir se doit d’assumer son propos et aussi de ne pas oublier de ne pas revenir auquel cas son hijra est considérée, selon l’avis prédominant des quatre écoles, comme caduque et on lui donnera le nom de « hijrat-ul-munâfiq », émigration de l’hypocrite.

J’aimerais aussi me permettre de rappeler que l’Islam ne pénètre pas un espace civilisationnel sans encombre, rappelons nous les souffrances des Nobles Compagnons pour l’islam à la Mekka, tel Khabab que l’on jeta dans le feu, tel Mouçaab ibn Oumeyr qui perdit tous ses biens, Bilal ibn Rabah que l’on écrasa sous une pierre, et tous ces hommes immortalisés dans les mémoires de l’Islam. Rappelons-nous aussi le martyr de Soumeyya et la souffrance de ces autres grandes femmes de l’Islam pour relativiser et comprendre que nous sommes loin d’avoir commencer à vraiment souffrir.

Toutes ses sœurs que nous assistons, malheureusement impuissants, dans leur agressions sont nos Soumeyya d’aujourd’hui, le tribut malheureux mais nécessaire pour que nos progénitures vivent mieux dans le monde de demain…

À propos de Le Web Master

Historien & militant associatif. Parcours d'études en histoire comprenant notamment l'étude de l'histoire contemporaine (Le premier XXeme siècle ; de 1914 à 1945), de l'histoire culturelle (histoire des minorités au Moyen Age, histoire des femmes, histoire des intellectuels au moyen âge), de l'historiographie (historiographie gréco-romaine, histoire des mouvements historiographiques contemporains), l'histoire Moderne (L'Espagne au XVI-XVII siècle, les Ottomans, Des Lumières à la République), de l'histoire médiévale(Thématiques du Moyen Age en Occident : Economie, Religion, Urbanité, Pouvoir, Échiquier politique, etc), l'Histoire Romaine (De la période archaïque à la République, De la République au Principat, Les éléments du pouvoir impérial), de l'Histoire Grecque (Période classique Période hellénistique), de l'histoire de l'économie (Le premier XXe siècle 1900-1945 Le second XXe siècle 1945-2000), de l'histoire de l'art (l'évolution des arts de la Révolution à la la seconde guerre mondiale) ainsi que d'importantes études sur le monde musulman.

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