Meta censure-t-il les contenus pro-palestiniens ?

La façon dont les gens suivent l’actualité a radicalement changé à l’ère numérique. Les plateformes de médias sociaux telles que Facebook, Instagram et TikTok sont devenues les principales sources d’information pour des millions de personnes, transformant la façon dont le public s’intéresse aux événements mondiaux. Si ce changement permet une diffusion rapide des informations, il introduit également de nouveaux défis, notamment des questions d’exactitude, de vérité et de confiance, en particulier dans des contextes politiquement et socialement sensibles.

Les réseaux sociaux comme arme à double tranchant

Les crises récentes, notamment la pandémie de COVID-19 et la prise du Capitole américain en 2021, ont mis en évidence la double nature des médias numériques. Les plateformes sociales permettent aux individus de documenter des événements, de dénoncer les abus et de mobiliser l'opinion publique. Dans le même temps, ils peuvent amplifier la désinformation, inciter à la violence et polariser les réponses du public. La guerre contre Gaza, qui a débuté en octobre 2023, illustre cette tension. Les observateurs ont noté que les deux parties au conflit utilisent des termes tels que « haine » pour décrire leurs opposants, polarisant encore davantage le discours en ligne.

Modération du contenu et disparités linguistiques

Les entreprises de médias sociaux sont confrontées à des défis particuliers pour modérer les discours de haine et les contenus sensibles dans plusieurs langues. Les discours de haine sont très spécifiques au contexte et les systèmes de modération automatisés ont souvent du mal à interpréter les nuances culturelles et linguistiques. Cela a suscité des inquiétudes quant à une application inégale, en particulier lorsque le contenu en langue arabe semble être modéré plus strictement que le contenu en langue hébraïque.

Un rapport de 2022 de Business for Social Responsibility (BSR) a examiné la gestion du contenu par Meta (anciennement Facebook) en Israël et en Palestine pendant la crise de mai 2021. L’étude a révélé que même si Meta avait pris des mesures pour lutter contre les discours de haine et la violence, ses politiques avaient eu un impact négatif sur les utilisateurs palestiniens, limitant leur capacité à partager leurs expériences en temps réel. Les contenus documentant la violence ou exprimant les perspectives palestiniennes étaient souvent restreints, tandis que les contenus similaires en langue hébraïque se heurtaient à moins d'obstacles.

Expériences et enquêtes

Al Jazeera Arabic a mené des expériences pour tester les pratiques de modération du contenu de Facebook. En créant deux pages, une en arabe (« Lama palestinien ») et une en hébreu (« Terre des ancêtres »), l'équipe a publié simultanément un contenu identique. Les messages sur les victimes palestiniennes ont été immédiatement supprimés de la page arabe, souvent accompagnés d'avertissements ou de menaces de suppression de la page. En revanche, le contenu identique de la page en hébreu est resté en ligne et a parfois même bénéficié de promotions promotionnelles.

Cette expérience a mis en évidence des incohérences dans la modération du contenu et a suggéré un biais dans le traitement du contenu en langue arabe. Des militants et des journalistes palestiniens ont rapporté des expériences similaires de bannissement fantôme, de suppression de comptes et de visibilité limitée des publications soutenant les droits des Palestiniens.

Influence du gouvernement et contrôle algorithmique

Les enquêtes ont également révélé le rôle des unités affiliées au gouvernement dans l'influence sur la modération du contenu. Par exemple, la Cyber ​​​​Unit d'Israël, qui fait partie du bureau du procureur général, a soumis des milliers de demandes de retrait aux plateformes de médias sociaux, ciblant particulièrement les contenus palestiniens. Alors que les plateformes revendiquent leur indépendance en matière d’application, ces demandes illustrent comment des acteurs externes peuvent façonner la visibilité du contenu, intentionnellement ou indirectement.

Des fuites internes provenant d'employés de Facebook ont ​​également mis en évidence des vulnérabilités dans les systèmes de modération de contenu, notamment la manipulation potentielle des plateformes par le biais de campagnes coordonnées ou d'« armées électroniques » déployées par divers gouvernements pour influencer l'opinion publique.

Surveillance et responsabilité

Meta a pris des mesures pour résoudre ces problèmes, notamment la création d'un conseil de surveillance en 2018. Ce conseil examine les décisions de modération du contenu et revendique son indépendance par rapport à Meta. Cependant, les critiques affirment que la composition et les décisions du conseil d'administration pourraient refléter des déséquilibres, avec une représentation limitée des membres arabophones et des individus issus de régions politiquement touchées.

Le Conseil de surveillance examine actuellement l'utilisation de certains termes arabes, tels que « Shahid » (martyr), dans le contexte des publications sur les réseaux sociaux, reconnaissant la nécessité de politiques de modération nuancées et culturellement informées.

Les implications plus larges

Le traitement différentiel du contenu en fonction de la langue et du contexte politique a des implications significatives. Lorsque les utilisateurs ne peuvent pas communiquer librement leurs expériences, notamment lors de conflits, la compréhension globale des événements devient faussée. Non seulement cela fait taire les voix marginalisées, mais cela contribue également à la polarisation, à la méfiance et à la propagation de la désinformation.

Les plateformes numériques détiennent désormais un pouvoir sans précédent pour façonner le discours public. Leurs politiques et pratiques d’application peuvent influencer les perceptions internationales, avoir un impact sur les droits de l’homme et affecter la capacité des communautés à documenter leurs réalités. En tant que tels, la transparence, l’équité et la compétence linguistique et culturelle sont essentielles pour garantir que les médias sociaux réalisent leur potentiel en tant qu’outil d’engagement éclairé plutôt qu’en tant que mécanisme permettant de faire taire la dissidence.

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