Tradition Ramadan : l’époque ottomane

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TRADITION RAMADAN. Pour toutes les communautés musulmanes, le mois du Ramadan a toujours été un mois particulier. En effet, celles-ci ont toujours veillé à lui donner une attention toute particulière. mois ordinaire. Au delà de son aspect rituel, il accompagne de nombreuses traditions qui varient selon les époques et les endroits. Histoire & Chronique vous invite ainsi à travers ces lignes à voyager dans le passé. À découvrir l’ambiance du Ramadans à l’époque ottomane.

Le sultan des 11 autres mois de l’année

Donc, dans la culture ottomane, le mois de Ramadan était considéré comme le sultan des 11 autres mois de l’année musulmane. Très attendu, sa venue était préparée depuis le mois de Rajab. Rajab étant le septième mois de l’année musulmane qui précède Ramadan de deux mois. Istanbul, capitale de l’Etat Ottoman, vibrait ainsi au rythme de ce mois béni. En effet, c’était un des temps forts de l’année. Dans la deuxième moitié du XIXème siècle chrétien, une somme de 150 kurus (soit environ 9,92g d’or à l’époque) était ainsi remise à ceux qui ont fait l’annonce de la vision du croissant lunaire du mois de Ramadan.

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Pièce d’or de l’ère ottomane

Tradition Ramadan : Règlement de dettes et portes ouvertes

Le mois du Ramadan était aussi synonyme de générosité. Cette bienfaisance était visible à tous les niveaux. Ainsi, les personnes appartenant à la classe aisée se rendaient dans les épiceries des quartiers où ils n’étaient pas connus pour s’acquitter des dettes des personnes les plus pauvres. Celles-ci étaient consignées par ce qui était appelé zimem defteri. Le bienfaiteur entrait dans la boutique, demandait le cahier en question dans lequel il choisissait des noms au hasard au début, au milieu, et à la fin. Il disait ensuite au tenancier «Essuyez vos dettes… Qu’Allah les accepte» puis partait. Dans cette pratique, le bienfaiteur ne savait pas à qui il avait effacé la dette, et l’endetté ne ne savait pas non plus qui l’avait délivré de sa dette. Une autre tradition ramadanesque en terre ottomane.

Dans les couches populaires, il était fréquent que des familles se disputent l’accueil d’un invité de passage, chacun voulant bénéficier de cet honneur. Une autre pratique connue était celle des portes ouvertes des maisons au moment de la rupture du jeûne. Ainsi, quiconque se trouvait sur la route pouvait rentrer et s’asseoir à table, sans qu’il ne soit nécessairement invité au préalable, quelqu’un de familier ou dans le besoin.

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Registre de dettes remontant à l’époque ottomane

Tradition Ramadan : une société au rythme du mois béni

Le Ramadan n’était pas qu’une affaire d’individus. Il impliquait d’abord et surtout l’Etat et les structures étatiques. Le mois de Ramadan était le mois de vacances de la fonction publique et des mederse, les écoles religieuses. Ainsi, celles-ci disposaient en ce temps trois mois de vacances : rajab, sha’ban et ramadan. Les Ottomans (et les Turcs aujourd’hui) nommaient cette période üç aylar, “les Trois Mois”.

De cette vacances des mederse durant ces mois naquît une coutume appelée cerre çıkmak, que l’on peut traduire par “sortie test”. Cette pratique fait référence à l’envoi des étudiants en science religieuse dans les provinces pour éclairer les populations sur les questions religieuses. Les étudiants, ou talebe comme ils étaient appelés, étaient ainsi envoyés en Syrie, dans les Balkans, aux limites de l’Anatolie pour diffuser leurs savoirs mais aussi pour renforcer leur formation.

En effet, les mederse diffusant l’aspect théorique du savoir religieux, le cerre çıkmak avait pour but de les confronter au rôle d’imam et de prédicateur, pour de vrai. On peut ainsi dire que c’était l’équivalent de ce que l’on appelle aujourd’hui stage universitaire, mais pour les imams.

Etudiant imam durant son “stage universitaire”

Entre tambourineurs publics et baklava

D’autre part, durant l’époque ottomane, toute la société vivait au rythme de Ramadan. On se réveillait très tôt au son des davulcu. Ces tambourineurs publics déambulaient les rues pour réveiller les gens afin qu’ils prennent le repas de sahur. En effet, le sahur est le dernier repas de la nuit qui se prend avant le début de l’aube. Ainsi, leur ronde nocturne devait réveiller les Croyants pour ce moment important. Dans les étals des marchés, se vendaient des plats et boissons qu’on ne trouvait qu’en période de Ramadan.

C’est le cas du güllaç, spécialité ottomane à base de lait, de roses, de pistaches, et dont l’origine remonte au XVème siècle. Un met très apprécié dans les palais en période ramadanesque, au même titre que le baklava qui avait droit à son cérémoniel d’introduction au palais. On servait également du şerbet, boisson sucrée concoctée à l’aide de rose et d’épices. C’est aussi un coup de canon qui signalait la rupture du jeûne. Une tradition qui existe encore dans de nombreux pays musulmans, Turquie comprise.

Coup de canon célébrant la rupture du jeûne à Istanbul

Tradition Ramadan : Les mosquées

Les mosquées étaient quant à elles décorées avec l’aide de mahya. Il s’agissait d’inscriptions lumineuses suspendues entre les minarets des grandes mosquées en période de ramadan. Elles étaient réalisées par des artisans spécialisés, les mahyaci, qui parvenaient à reproduire des calligraphies à l’aide de câbles tirés et de chandelles disposées méticuleusement. Cette tradition ancienne attestée dès le XVIème siècle devait être grandiose, assez pour émerveiller le romancier français Théophile Gautier, qui dit à leur propos :

« D’une flèche à l’autre couraient en lettres de feu des versets du Koran, inscrits sur l’azur comme sur les pages d’un livre divin : Sainte-Sophie, Sultan-Achmet, Yeni-Djami, la Suleimanieh et tous les temples d’Allah qui s’élèvent de Seraï-Burnou aux collines d’Eyoub, resplendissaient de lumières et proclamaient en exclamations enflammées la formule de l’Islam »

Théophile Gautier, Constantinople, 1854

Exemple du mahya

Les historiens de la période ottomane précisent aussi que l’appréciation du ramadan varie en fonction des époques. Ainsi, pour François Georgeon, l’âge d’or du Ramadan à Istanbul se situe aux alentours de l’année 1900. Epoque marquée par le renouveau de la conscience islamique si caractéristique de la période hamidienne. Cependant, nous constatons que de nombreuses traditions pratiquées à l’époque ottomane se perpétuent toujours dans le monde à notre époque.

En conclusion, il va de soi que cette description du Ramadan ottoman n’est pas exhaustive. Elle ne saurait probablement pas décrire l’engouement religieux, l’ambiance et tous les faits divers liés au mois le plus important du calendrier musulman. Néanmoins, on dit que la meilleure chose à faire pour découvrir les nombreuses facettes du ramadan ottoman est de découvrir l’ambiance qui règne sur la place Sultan Ahmet en cette période. Une invitation au voyage donc.

Pour aller plus loin

  • Ramadan et politique, F. Georgeon et F. Adelkhah, 2000, CNRS
  • Le mois le plus long, Ramadan à Istanbul, F. Georgeon, 2017, CNRS
  • Le ramadan dans la culture ottomane, R. Yetgin, 2016

À propos de La Rédaction

La rédaction est composée d'historiens engagés dans le renouveau de l'histoire. Leur parcours de formation comprend notamment l'étude de l'histoire contemporaine (Le premier XXeme siècle ; de 1914 à 1945), de l'histoire culturelle (histoire des minorités au Moyen Age, histoire des femmes, histoire des intellectuels au moyen âge), de l'historiographie (historiographie gréco-romaine, histoire des mouvements historiographiques contemporains), de l'histoire Moderne (L'Espagne au XVI-XVII siècle, les Ottomans, Des Lumières à la République), de l'histoire médiévale (Thématiques du Moyen Age en Occident : Economie, Religion, Urbanité, Pouvoir, Échiquier politique, etc), de l'Histoire Romaine (De la période archaïque à la République, De la République au Principat, Les éléments du pouvoir impérial), de l'Histoire Grecque (Période classique Période hellénistique), de l'histoire de l'économie (Le premier XXe siècle 1900-1945 Le second XXe siècle 1945-2000), de l'histoire de l'art (l'évolution des arts de la Révolution à la la seconde guerre mondiale) ainsi que d'importantes études sur le monde musulman.