Il est connu que les musulmans ont joué un rôle considérable, disons même central, dans l’évolution de la cartographie, cette discipline qui consiste à donné une représentation du monde tel qu’il est perçu. Aussi, bien que les Grecs anciens furent de bons cartographes avec leurs moyens, à l’époque médiévale, la cartographie chrétienne représente le monde avec des carte dîtes “en TO”. Sur ces représentations du monde orientées vers l’Est (c’est d’ailleurs de là que vient le terme “orienter”, du fait qu’elles indiquent l’Orient), celui-ci est divisé en trois parties : l’Asie, l’Afrique et l’Europe, étant séparés deux traits d’eaux qui représentent les mers. Autant dire que la représentation est très loin des réalités.

 

Carte en TO, Terra Orbis

Carte en TO, Terra Orbis

Durant la Reconquista, reconquête chrétienne de Al-Andalous, le monde chrétien découvre les savoirs du monde musulmans, et met la main sur les écoles de géographie qui vont avoir pour effet de booster leur représentations du monde. Au XIe siècle, les Normands reconquirent la Sicile des mains des Aghlabides qui la contrôlaient depuis deux siècles, là encore l’occasion de s’approprier les savoirs du monde musulman. Aussi en 1138, le roi Normand Roger II qui veut faire de sa Sicile une place forte, commande au géographe Al Idrissi un ouvrage qui représentante le monde. Celui-ci, intitulé نزهة المشتاق في اختراق الآفاق, en français “Livre de divertissement pour l’homme désireux de connaître les contrées” et plus connu sous l’appellation “Livre de Roger”, est achevé en 1154 et est une révolution. Outre les descriptions plutôt très précises pour l’époque, l’ouvrage fournie une carte du monde qui possède une légende, représente l’Équateur, les différentes mers, les fleuves, les types de montagnes, et tant d’autres innovations techniques (voire dossier de la Bibliothèque Nationale de France ici).

Livre de Roger

Livre de Roger

Impossible de résumer ici toute l’étendu des détails de ce chef d’oeuvre, tout juste nous est il permis de mettre le focus sur quelques un d’entre eux. PAr exemple, on s’aperçoit que c’est le premier à avoir cartographié le Lac de Genève, au XIIè siècle. L’auteur dit qu’à l’Est de la Burghûniyat-ul-ifrandj -Bourgogne de Francs-, se trouve la ville de Jenebrah -Genève- laquelle possède un lac d’où s’écoule un long fleuve (le Rhône) qui débouche sur la Mer des Romains -la Méditerranée-.

Le lac de Genève carthographie par Al Idrissi, il y a plus de 800 ans

Le lac de Genève carthographie par Al Idrissi, il y a plus de 800 ans

Au passage, vous remarquerez Dijûn -Dijon-, dont Al Idrissi nous dit : […] De Maskûn -Mâcon- à Dijûn -Dijon-, il y a 60 miles. Et la ville de Dijûn est au milieu d’une lande de terre à une bonne hauteur, à l’emplacement béni, aux moyens d’existences et aux subsistances nombreuses. […, sans conteste la description de ce qui est appelé “les Côtes de Nuits” où les vins sont parmi les plus chers au monde.

Texte descriptif

Texte descriptif

Par la suite, nous publierons si Alah le veut, d’autres focus de cet Atlas unique en son genre.

Note : Les photos de l’Atlas d’Al-Idrissi, sont tirées du catalogue Gallica.fr mis à disposition par la BNF.