L’attentat manqué des milices révolutionnaires Arméniennes sur Abdülhamit II

Le 21 juillet 1905, les factions révolutionnaires arméniennes tentent d’assassiner le Calife Abdülhamit II pendant la prière du vendredi. C’est l’attentat de Yildiz.

L’attentat du Yildiz
 
Pour comprendre comment un groupuscule arménien, dix ans avant le prétendu génocide arménien tenta de tuer la Calife, il faut revenir en arrière dans l’histoire. L’insurrection menée par des groupes révolutionnaires bulgares en 1876 et appuyée par la Russie tsariste ayant aboutie à l’indépendance de la Bulgarie en 1878, les milieux nationalistes arméniens alliées au Tsar mettent sur pied entre les années 1885 et 1890 plusieurs groupes armés révolutionnaires arméniens, dans le but d’obtenir l’indépendance de l’Arménie. Parmi ces groupes, les principaux sont le Dashnak et le Hentchak.
Révolutionnaires arméniens, officiellement « des femmes et des enfants »
Ouvertement anti-Turcs et anti-Kurdes, ces organisations terroristes ayant vu le jour dans l’Est anatolien et en Géorgie vont dès le début des années 1890 se livrer à des actions terroristes et à des opérations d’épuration ethnique afin d’affaiblir l’autorité des Ottomans dans la région d’une part, et surtout garantir le caractère arménien de ces régions. 
Ainsi, en 1890 le Dachnak sous la supervision de Sarkis Gougounian mène une expédition armée dans l’Empire ottoman qui se solde par le meurtre de plusieurs bergers kurdes. La même année, le hintchak avec notamment Mihran Damadian et Hamparsum Boyadjian, prend d’assaut le siège du patriarcat arménien et force le patriarche à lire un manifeste contre Abdülhamit, une première depuis 1453. La première provocation d’une longue série. 

À partir de 1894, les révolutionnaires arméniens se radicalisent : les hintchakistes tirent sur la foule et la gendarmerie à Bab-ı Ali, provoquent par les armes les forces de sécurité dans la région de Sasun, et lancent une insurrection à Zeytun qui provoqua la mort de plusieurs milliers de musulmans. Le dachnak n’est pas en reste : il organise en 1896 la prise d’otage de la banque ottomane et génocide la tribu kurde Marzik l’année suivante. Avec le soutien du peuple ottoman, les forces ottomanes répliquent en éliminant systématiquement les leaders des révoltes. 
Devant leur échec, dix ans avant le prétendu génocide arménien les comités révolutionnaires qui embrasent l’est Anatolien envisagent de se débarrasser du Sultan en perpétrant un attentat durant un jour de prière, dans la mosquée même où Abdülhamit a l’habitude de prier. 
Le projet d’attentat réunit des anti-Ottomans de tous horizons : outre les terroristes arméniens, on compte deux belges, un grec, un allemand ainsi que d’autres européens et caucasiens. Les bombes sont fabriquées à l’étranger, et c’est par la cause des indications fournies par l’Ambassade de Russie que le meneur, Krisdapor, titulaire d’un passeport russe, eut la possibilité de participer aux cérémonies du sérail pour faire les repérages. Plusieurs plans sont mis en œuvre dans cette tentative d’attentat : bombe enterrée, bombe lancée, attaque par 2 hommes armés de pistolet. Finalement, les comparses optent pour la bombe à retardement, et une caisse de fer contenant 500 capsules de fer blanc dans lesquelles se trouvent 120 kilos d’explosifs, est placée sous le siège du conducteur dans une voiture, laquelle caisse est équipée d’un dispositif de retardement d’1 minute et 42 secondes. Pour couronner le tout, c’est un ancien meurtrier, Zare Haçikyan, qui conduit la voiture.
L’attentat échoue, mais cause la mort de 20 à 40 personnes venues assister à la prière du vendredi à la mosquée du complexe califat du palais de Yildiz. L’histoire nous raconte qu’Abdulhamit en réchappa car au lieu de sortir tout de suite après la prière, il discutait avec l’imam.

Commentant cet événement, l’intellectuel Papazian dit : « L’attentat visant la vie du Sultan Abdulhamid fut le dernier acte des essais de révolution mis en œuvre par le comité de Taþnak au nom des Arméniens de Turquie. C’était une des initiatives pompeuses, et futiles de Taþnaksutyun. Sa réussite n’a apporté aucune utilité à la Cause Arménienne, et son échec a sauvé, probablement, notre peuple, d’une grande catastrophe. »

Sources : 

1) Dossier arménien, de Kamuran GÜRÜN

2) Les Arméniens et la Question Arménienne dans l’histoire, Esat UTAS

À propos de Le Web Master

Historien & militant associatif. Parcours d'études en histoire comprenant notamment l'étude de l'histoire contemporaine (Le premier XXeme siècle ; de 1914 à 1945), de l'histoire culturelle (histoire des minorités au Moyen Age, histoire des femmes, histoire des intellectuels au moyen âge), de l'historiographie (historiographie gréco-romaine, histoire des mouvements historiographiques contemporains), l'histoire Moderne (L'Espagne au XVI-XVII siècle, les Ottomans, Des Lumières à la République), de l'histoire médiévale(Thématiques du Moyen Age en Occident : Economie, Religion, Urbanité, Pouvoir, Échiquier politique, etc), l'Histoire Romaine (De la période archaïque à la République, De la République au Principat, Les éléments du pouvoir impérial), de l'Histoire Grecque (Période classique Période hellénistique), de l'histoire de l'économie (Le premier XXe siècle 1900-1945 Le second XXe siècle 1945-2000), de l'histoire de l'art (l'évolution des arts de la Révolution à la la seconde guerre mondiale) ainsi que d'importantes études sur le monde musulman.

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