Moena, un village turc oublié en plein cœur des Alpes italiennes

En 1683, lorsque le second siège de Vienne fut levé par les Ottomans, une légende raconte qu’un certain nombre de janissaires, blessés dans d’âpres combats et affaiblis par le froid, se réfugièrent dans ce village et furent soignés par ses habitants. Une fois rétablis, les soldats ottomans se marièrent avec des femmes du village, et conservèrent leur coutumes ottomanes, notamment leur apparence.

Appréciés des autochtones, ils auraient mobilisé la population locale pour s’opposer aux soldats du duché d’Augsbourg qui prélevaient des impôts élevés. Remportant avec succès, ils devinrent la fierté de la ville. Même s’ils ne parlaient pas le turc, les villageois aimaient tellement ces janissaires qu’ils ont adopté leur culture turque ottomane qu’ils ont transmise de génération en génération, jusqu’à accrocher encore de nos jours des drapeaux turcs dans leurs rues.

Les documents d’archives historiques de la municipalité de Moena montrent que le phénomène turc est cité nommément pour la première fois le nom en 1827, parlant même de «Turquie» (Turchia) en 1861. Le fait est qu’en déambulant à travers les ruelles du village, les vacanciers et les touristes restent stupéfaits de se trouver face à une fontaine publique surmontée par l’image d’un Turc, barbu et enturbanné, surplombant un Croissant. Aux nombreuses fresques qui ornent les façades des maisons, une peinture représentant un sultan entouré de ses serviteurs et ses femmes, ainsi qu’une autre où l’on voit un couple Turc sur un tapis entouré de palmiers luxuriants, attirent également l’attention.

Ainsi, chaque année, dans la première semaine d’Août, les descendants de ces villageois reconnaissants organisent le Festival turc de Moena, durant lequel les hommes se transforment et se déguisent en janissaires ottomans, pendent des drapeaux ottomans, et nomment l’aîné du village, «Sultan» du village. Les femmes quant à elles se transforment en femmes turques : recouvertes de leur voiles, elles arborent de larges pantalons bouffants et des pantoufles dont les orteils sont tournés vers le haut.

Également, chaque fois qu’une fille du village veut se marier avec un homme d’un autre village, elle doit obtenir la permission du «Sultan» pour partir. L’homme doit pour cela payer une payer une « dot », qui consiste en aliments et boisson. Les habitants de Moena appellent cette tradition « Alabastia ». De nos jours le village est toujours surnommé « La Turchia » par la population locale.

Le maire de Moena, Riccardo Franceschetti a déclaré: «Nos grands-pères nous racontaient les histoires des Turcs et nous racontons ces histoires à nos enfants pleins de conviction. Ceci est important pour nous, les Turcs devraient venir ici et voir cette petite Turquie… »

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