Les Musulmans, les Juifs et l’Histoire

 

A l’heure où le conflit israélo-palestinien perdure telle une guerre de cent ans, de nombreuses voies s’élèvent aujourd’hui pour dénoncer l’antisémitisme. L’antisémitisme n’est pas un fait nouveau en Europe et les juifs de notre continent ont par le temps et les siècles été maintes fois les bouc-émissaires de nombre maux de société. En 1096, les armées de croisés en route pour chasser les « Sarrazins » de Jérusalem, s’en prirent par la même occasion aux Juifs. En 1349, lorsque la Peste fit son apparition, le petit peuple accusa les Juifs d’empoisonner les puits et de répandre la maladie. Enfin, notre histoire récente garde en mémoire la Shoah, avec la volonté assumée d’en finir une bonne fois pour toute avec le « problème juif ». 

Mais ces nouvelles voix ne dénoncent pas cet antisémitisme européen, à la fois classique et traditionnel, qui part puis revient, aux gré des conjonctures et des opportunités. Ayant obtenu des différents états européens une reconnaissance par la création d’un Etat, une respectabilité par les engagements des Etats jadis persécuteurs à faire cesser l’antisémitisme quitte à y être trop zêlé et une certaine crainte sinon complicité par l’affranchissement des règles du droit international, les descendants de ceux qui ont souffert ne peuvent reprocher grand chose à ceux qui autrefois les rejetaient. 

L’antisémitisme serait selon ces voix le fait des musulmans, lesquels seraient les ennemis des juifs. Trouvant sa source chez des intellectuels de bas étages tel Finkelkraut -il faudrait rappeler la définition très française de l’intellectuel qui se diffère de l’homme de savoir-, cette idée est reprise par la sphère politique, ou plutôt, les deux milieux s’alimentent l’un l’autre d’une mélodie aussi grotesque que mensongère, qui ne font que renforcer chez l’un comme pour l’autre la conviction d’avoir raison et d’agir pour le bien commun. Ainsi de gauche à droite, toutes tendances confondues, la classe politique est emportée dans une nouvelle hystérie collective. L’actuel premier ministre socialiste, autoproclamé « à l’avant-garde de la République », Manuel Valls n’hésita pas à parler d’un antisémitisme nouveau, « né dans nos banlieues » pour reprendre ces termes exacts. Même l’extrême-droite, antisémite héréditaire, nous explique dans toute sa dédiabolisation (sic) que l’antisémitisme serait dû au communautarisme musulman grandissant (vous savez la fameuse invasion). Le sujet est « in », fait vendre, fait parler, fait oublier le reste, aussi et surtout. Il est tellement « in » qu’il arrive à mettre d’accord tout le monde!!!

Je ne reviendrais pas sur les sources de cette diatribe, elles sont connues de tous, d’un côté, l’absence de ligne politique, la tentative -échouée- de récupération des voies du FN, le détournement d’attention et l’évolution du problème juif en problème musulman. De l’autre, l’anéantissement de toute mouvance antisioniste et l' »ashkénazisation » du discours juif.

Attardons nous quand même sur « l’achkénazisation » de la pensée et du discours juif. Toutes ses persécutions à travers les siècles en Europe sont les stigmates de non pas tout les juifs mais d’une partie d’entre eux, les Ashkénazes. Les Séfarades eux, n’ont pas eu à souffrir ainsi. Déjà au VIIIe siècle, la conquête musulmane de l’Espagne sonnait pour eux comme une délivrance pour ces juifs persécutés par les Wisigoths. Tout au long de l’époque Al-Andalous, ils ont pu s’épanouir, commercer, s’élever socialement. Lorsque les musulmans perdirent le Royaume de Grenade, les Sépharades fuirent pour beaucoup dans d’autres pays musulmans, l’actuel Maghreb et l’Empire ottoman. Ils y trouvèrent des terres d’accueil où ils purent là aussi prospérer. L’histoire garde en mémoire qu’aux heures les plus sombres de la frénésie européenne, lorsque Hitler en personne demanda au Sultan Mohammed V de lui livrer les juifs du Maroc ce dernier répondit qu’il ne pouvait lui livrer des gens protégés par la Shari3a. Ce même Sultan qui s’opposa à toutes les lois Vichystes discriminatoires. De même, l’histoire ne saurait s’affranchir des Justes Algériens qui ont caché des juifs dans leur maison pendant cette même période. 

Contrairement à ce que la bienpensance tant médiatique, que politique qu’intellectuelle veut nous faire croire, l’Islam accorde une place particulière aux gens du Livre -juifs et chrétiens- et les musulmans ne sont nullement leurs ennemis. L’histoire le prouve, à jamais. 

 
Synagogue Sépharade de Sarajevo, construite par les Ottomans
Synagogue Sépharade de Sarajevo, construite par les Ottomans

Ici, cette photo de la Synagogue sépharade de Sarajevo construite au XVIe siècle par le sultan Sijavus pour accueillir les réfugiés juifs chassés d’Espagne reste une preuve figée dans le temps du respect de l’Islam pour les religions monothéistes.

A l’heure où les musulmans sont sans cesse montrés du doigt, il convient de le rappeler.

 

À propos de Le Web Master

Historien & militant associatif. Parcours d'études en histoire comprenant notamment l'étude de l'histoire contemporaine (Le premier XXeme siècle ; de 1914 à 1945), de l'histoire culturelle (histoire des minorités au Moyen Age, histoire des femmes, histoire des intellectuels au moyen âge), de l'historiographie (historiographie gréco-romaine, histoire des mouvements historiographiques contemporains), l'histoire Moderne (L'Espagne au XVI-XVII siècle, les Ottomans, Des Lumières à la République), de l'histoire médiévale(Thématiques du Moyen Age en Occident : Economie, Religion, Urbanité, Pouvoir, Échiquier politique, etc), l'Histoire Romaine (De la période archaïque à la République, De la République au Principat, Les éléments du pouvoir impérial), de l'Histoire Grecque (Période classique Période hellénistique), de l'histoire de l'économie (Le premier XXe siècle 1900-1945 Le second XXe siècle 1945-2000), de l'histoire de l'art (l'évolution des arts de la Révolution à la la seconde guerre mondiale) ainsi que d'importantes études sur le monde musulman.

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