A nos libérateurs oubliés

En ce 70ème anniversaire du débarquement de Provence, je voudrais saluer la mémoire de ces centaines de milliers d’Indigènes qui ont combattu sous les couleurs de la France pour offrir à ceux qui avaient colonisé leur terre et tué leurs ancêtres la Liberté.

Payés moitié moins cher que le soldat français de base, inconsidérés par un Etat Major qui ne voyaient en eux que des « premières lignes » à sacrifier « pour la Mère Patrie », escroqués à leur retour avec des pensions minables pour ceux qui retournèrent, humiliés dans leur descendance pour ceux qui restèrent par des autorités peinant à avouer leur francité, c’est malgré tout par leur cause que la France doit son salut.

Nous ne le répéterons jamais assez, le premier département libéré sous la seconde guerre mondiale fut la Corse en 1943, par des marocains et des algériens. De même, lorsque les Américains ne voulaient pas que la France compte au sortir de la guerre parmi les grandes puissances, reprochant aux français leur docilité envers l’Allemagne nazie sinon la défaite cinglante avec le peu de résistance opposée malgré un équipement à la pointe, ce sont ces troupes composées « d’arabes et de noirs » qui percèrent à Monte Cassino, là où les américains ne réussirent pas par deux fois avant eux, pour offrir à la France le fait d’arme majeur qui lui permit de s’assoir aux tables des négociations. Avouons-le et disons-le haut et fort, la France doit son siège de membre permanent au Conseil de Sécurité de l’ONU en très, très, très grande partie, pour ne pas dire uniquement, grâce à ses Indigènes.

Leur courage était connu de tous, inspirant le fameux nom de code « zidou-l-goudam », « Allez de l’avant » en arabe dialectal. Ils débarquèrent en Provence avec les Armées d’Afrique, remontèrent le Rhône, libérèrent ma ville d’origine, Chenôve, le 10 septembre. Ils perdirent un grand nombre d’hommes dans les Vosges, de quoi remplir les nombreux cimetières de la région de Thann, tombèrent nombreux dans l’immensité ténébreuse de la forêt de la Hardt. Les plus téméraires traversèrent le Rhin et se retrouvèrent à Berlin. A n’en pas douter, nous leur devons beaucoup.

Lorsque l’on écoute les témoignages des Anciens Combattants, tous l’avouent : ils ne combattaient pas pour le drapeau français, mais parce qu’ils étaient conscients de la dangerosité du Nazisme et qu’ils étaient prêts à tout pour la stopper, quitte à se battre dans l’armée du colon, à quitter son pays, à ne pas y revenir.

Un devoir de mémoire s’impose. En Alsace, ce travail a été fait. Sans doute parce que notre région a souffert plus que les autres, mais indubitablement par la cause d’hommes et de femmes qui ont travaillé sur cette mémoire. Ainsi à Mulhouse, de nombreuses rues portent le nom des libérateurs oubliés : Rue de la Division Marocaine de Montagne, Rue du 15è Régiment des Tirailleurs Algériens, pour ne citer qu’eux. Je m’étonne que ce travail n’est pas été fait ailleurs, que lorsque je parcours la vallée du Rhône et les nombreuses villes libérés par ces braves, qu’il n’y est pas mention de ses hommes qui se sont battus pour la Liberté. Pourquoi lorsque je retourne à ma ville natale, je vois un « boulevard Maréchal de Tassigny » mais je ne vois pas de rue au nom du 3ème régiment de Chasseurs d’Afrique ou du 2ème Régiment de Spahis Algériens de Reconnaissance ?

Nous devons, nous autres héritiers de leurs labeurs et de leur histoire, être reconnaissants et oeuvrer pour cette reconnaissance. Tel est notre tribut, notre devoir moral vis à vis de ces hommes qui ont su se battre pour des valeurs à un moment de l’Histoire ou l’immense partie des français préféraient collaborer, quitte à devenir complice et acteur d’un des plus grands crimes que l’humanité ait connu.

À propos de Le Web Master

Historien & militant associatif. Parcours d'études en histoire comprenant notamment l'étude de l'histoire contemporaine (Le premier XXeme siècle ; de 1914 à 1945), de l'histoire culturelle (histoire des minorités au Moyen Age, histoire des femmes, histoire des intellectuels au moyen âge), de l'historiographie (historiographie gréco-romaine, histoire des mouvements historiographiques contemporains), l'histoire Moderne (L'Espagne au XVI-XVII siècle, les Ottomans, Des Lumières à la République), de l'histoire médiévale(Thématiques du Moyen Age en Occident : Economie, Religion, Urbanité, Pouvoir, Échiquier politique, etc), l'Histoire Romaine (De la période archaïque à la République, De la République au Principat, Les éléments du pouvoir impérial), de l'Histoire Grecque (Période classique Période hellénistique), de l'histoire de l'économie (Le premier XXe siècle 1900-1945 Le second XXe siècle 1945-2000), de l'histoire de l'art (l'évolution des arts de la Révolution à la la seconde guerre mondiale) ainsi que d'importantes études sur le monde musulman.

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