Ramadhan 2014 : de la polémique à la piété

Les louanges sont à Allah, le Maître de l’Univers, qui a crée les cieux et la terre et qui les administre de manière parfaite. Nous le remercions de nous avoir permis de rentrer dans le mois béni de Ramadhan, mois dans lequel Il a révélé le Coran, l’établissant comme Guidée pour les humains et une guérison de ce qu’il y a dans les poitrines et ce jusqu’au Jour de la Résurrection. Pas de divergences à ce sujet…

Cette année encore, les échanges ont été vivaces dans notre pays  sur le sujet de la détermination du début du mois lunaire. Malgré toutes les polémiques qui ont été engendrées pour la détermination du début du mois lunaire, avec deux avis juridiques qui s’opposent, ce mois reste et demeure un mois de Miséricorde, de Pardon et d’Affranchissement du Feu de la Géhenne.

LA DIVERGENCE N’EST PAS UNE DIVISION

Beaucoup de nos concitoyens musulmans ont perçue cette divergence comme étant une division de la communauté. En réalité, la divergence n’est pas une division, elle est même une miséricorde et ce pour plusieurs raisons.

– Premièrement parce que l’Islam n’est pas monolithique, uniforme, et que Allah a permis à l’homme versé dans les sciences et doté de sagesse de se distinguer par son effort d’interprétation des textes sacrés. Le fait de ne pas avoir les mêmes opinions fait que nous vivons notre aventure humaine, en apprenant à connaître son prochain. On pourrait aller plus loin dans la réflexion et se poser la question suivante : peut-on vivre dans un monde sans divergences ? Car il faut l’admettre et s’en convaincre, la divergence est une caractéristique de la création, et cette règle n’échappe pas au domaine religieux : les Nobles Compagnons ont divergé sur nombres de sujets religieux, les Anges ont divergé à propos de l’homme qui avait tué 99 personnes, même le Prophète Moïse divergea avec son frère Aaron et le saisit par la barbe. De même, les nombreux Imams de cette communauté ont divergé sur de nombreux domaines, cela n’a pas enlevé le respect que l’un avait pour l’autre. Nous autres simples mortels au niveau moindre, oserions-nous contrecarrer à cela et prétendre que l’uniformisation d’une pratique apporte l’unité ? La tectonique des idée est même bénéfique, elle permet à l’un de s’inspirer de l’autre et de faire avancer les choses.

– Deuxièmement parce que la divergence est l’expression même du renouveau de l’Islam. Le fait que les gens cherchent l’avis le plus juste, s’intéressant à comprendre l’opinion des savants, à se rapprocher d’Allah en cherchant au mieux l’attitude prophétique, est une bénédiction et une preuve de l’intérêt des fidèles à leur religion. On ne peut être considérer cela comme une division. Si les gens ne cherchent pas à comprendre qu’est-ce qui est le meilleur pour eux, c’est qu’ils se sont bel et bien détourner de la religion. Que la mondialisation et l’ère du numérique ne nous leurrent pas en nous laissant croire qu’avant tout était rose et que la multiplicité des avis est une chose récente ou issue de l’ignorance.

– Troisièmement parce que chacun des avis juridique mis en avant est un avis valide islamiquement parlant.  Pour faire simple, il y avait ceux qui ont jeuné samedi, qui se sont basés sur les calculs astronomiques. Ils ont mis en avant une règle de jurisprudence : « la non considération de la multiplicité des levants ». Autrement dit, dès que la lune est visible à un endroit donné de la terre, toute la planète doit jeuner. Effectivement, cet avis existe et le croissant lunaire était visible à Tahiti, mais avec le décalage horaire cela nous amenait à 2H34 chez nous en France métropolitaine. Ceux qui ont jeuné dimanche ont choisi la vision oculaire effective . Et effectivement, le croissant lunaire était visible samedi en France métropolitaine mais pas vendredi. Chacun était donc dans son plein droit, donc pas de quoi fouetter un chat, encore moins de quoi traiter son frère d’arriéré ou d’hérétique.

– Quatrièmement, parce que cette divergence est à l’image de la communauté musulmane en France : multiculturelle et en cours de construction. Chacun le sait les différentes vagues d’immigration arrivées sur notre territoire sont récentes et ne sont pas homogènes. Ainsi, nous côtoyons des maghrébins essentiellement de rite malikite, enclins pour un grand nombre à la mentalité dite du makhzen, pro-arabe et qui a pour référence religieuse son pays d’origine, le bled. Nous cotoyons également les Turcs, de rite hanafite, héritiers à la fois de la culture du Califat Ottoman et de l’autoritarisme kémaliste, ne se référant pas au monde arabe mais à leur pays d’origine. Et puis il y a leurs enfants, plus lettrés, donc moins enclin à prendre tout à la lettre et cherchant à se rapprocher le plus possible de l’avis le plus juste. Et puis il y a les convertis, parmi lesquels les Français de souche, qui étaient de culture 100% européenne et qui durent se frayer un chemin dans une religion ou les adeptes étaient à 98% extra-européens de culture. Se posa alors la question de l’acceptabilité et de la durabilité de l’Islam en France. Du mélange de ses populations on eut un certain métissage avec des marocains qui se marient avec des turques, des sénégalaises avec des algériens, des comoriens avec des cambodgiens, des convertis  « de souche » avec des tunisiennes, etc. la liste est loin d’être exhaustive.

En terme d’évènements, il y eut 1978 où des oulémas se sont réunis pour mettre en place une méthode de détermination du mois de Ramadhan. Il y eut le coup d’état de Khomeyni en Iran en 1979 qui déclencha un réveil du monde sunnite et où l’Arabie imprima à gogo des ouvrages pour contrer la propagande rafidite. Et puis il y eut  ce retour à l’Islam qui commença dans les années 80, la propagande nationaliste ou des gens utilisèrent la religion pour s’accaparer une autorité religieuse ethno-centrée. Il y eut les réactions à cela, puis des contre réactions, etc.

Bref. Tout ce brassage de cultures et tous ces évènements ont soulevé nombre de questions, entrainé nombre de débats et de standards dans la vie religieuse de chacun qu’il est difficile de briser du jour au lendemain. Ainsi, une véritable tectonique sociétale est en marche et prétendre imposer son avis à ce melting-pot est juste insensé, peine perdue, et prétendre détenir la vérité en dénigrant quiconque ne la suivrait pas est  juste déplacé, pour rester poli.

PAS DE PENSEE UNIQUE EN ISLAM

C’est un secret de polichinelle, ceux qui ont créé la division ce sont ceux qui ont utilisé la religion à des fins politiques, tentant d’imposer leur avis à la majorité en procédant pour cela à de viles pratiques. Parmi ces procédés, on notera le discrédit, l’injure, le mensonge, pour ne cite qu’eux. Le mobile ? Contrôler les masses musulmanes en leur imposant une pratique. La mayonnaise n’a pas prit, pas cette fois.

Défendre son avis est une chose, mais le faire en se détournant des préceptes de l’Islam n’est pas en adéquation avec la sincérité. Nous déplorons que parmi ceux qui commencent à jeuner samedi certains veulent imposer leur avis à ceux qui jeuneront dimanche et que parmi ceux qui jeuneront dimanche certains veulent imposer leur avis à ceux qui jeunent samedi. Au lieu de se fatiguer à ramener les gens vers la prière, nous avons joué à « c’est moi qui ait raison et pas toi »…

Nous ne sommes pas naïfs, cette question reviendra comme elle revient chaque année, et nul ne sait dire quel sera l’avis qui s’imposera avec le temps dans l’hexagone. En attendant, nous  autres simples musulmans, nous avons à nous préserver d’Allah et de son châtiment car le jeune a été prescrit pour ça :

« On vous a prescrit le jeune comme on l’a prescrit à ceux qui étaient avant vous peut-être atteindrez vous la piété (at-taqwâ) »

Bon Ramadhan à toutes et à tous. Que ce désaccord sur la date ne nous fasse pas oublier notre union des coeurs.

 

 

À propos de Le Web Master

Historien & militant associatif. Parcours d'études en histoire comprenant notamment l'étude de l'histoire contemporaine (Le premier XXeme siècle ; de 1914 à 1945), de l'histoire culturelle (histoire des minorités au Moyen Age, histoire des femmes, histoire des intellectuels au moyen âge), de l'historiographie (historiographie gréco-romaine, histoire des mouvements historiographiques contemporains), l'histoire Moderne (L'Espagne au XVI-XVII siècle, les Ottomans, Des Lumières à la République), de l'histoire médiévale(Thématiques du Moyen Age en Occident : Economie, Religion, Urbanité, Pouvoir, Échiquier politique, etc), l'Histoire Romaine (De la période archaïque à la République, De la République au Principat, Les éléments du pouvoir impérial), de l'Histoire Grecque (Période classique Période hellénistique), de l'histoire de l'économie (Le premier XXe siècle 1900-1945 Le second XXe siècle 1945-2000), de l'histoire de l'art (l'évolution des arts de la Révolution à la la seconde guerre mondiale) ainsi que d'importantes études sur le monde musulman.

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